"La tempe douloureuse. Je glisse deux doigts doucement sous mon crâne et je masse".
Tu parlais, collé à mon oreille, mais l'image ne suintait pas, n'avait rien d'immonde.
Je crois que tu as assez crié et que tu la jetteras, ta voix, comme on se défait du pardon. Tu as déjà expié, pour tout ce qui est à commettre.
A tous les morts dépassant de ta bouche.
Quasi crachés - ravalés.
A tous ceux que tu n'as jamais pu abandonner tout à fait.
Le bruit de ta tête contre 100 lamelles de métal, jusqu'à guérison.
Il y aura toujours une issue à mépriser.
Il y aura toujours une ferveur à maltraiter.
Tu sais comme on peine à traverser ce paysage entier.
Je parlais du paysage d'ignominie, on pourrait finir par s'y terrer. Tant de jours parmi les vents nous jetant d'un buisson à l'autre et je ne sais pas ce qu'on franchit pour finir dans ce bureau mal éclairé. Le paysage contient la terre sèche, les néons usés, contient les martèlements de mes pieds contre le mur. Tu sais ce qu'est devenue ma nervosité, le panorama journalier. On finit par s'y complaire. Une phrase d'inquiétude, toujours au passé, des milliers de phrases d'abjections, c'est peut-être nous qui les prononçons. J'ai pu les dire, ce matin encore, et j'ai dit que je travaillais (quand je creusais déjà pour enterrer les débris de mes valeurs). Tu tiens le paysage pour moins qu'un cimetière, puisque les morts se nomment encore.
Je ne pourrais pas t'écouter plus fort, je n'entends ni mon sang ni la voix de celle qui saura bientôt m'omettre.
Tu étais le témoin et tu entendais : mon poing tient tout entier dans ma bouche et tient tout entier dans ta bouche et j'ai beau je ne peux pas, les taiseux, les blafards, ceux qui entament ma peau, ceux qui forment ce poing qui tient tout entier dans nos bouches, je peux les enfoncer entre tout ce qui nous liait et j'ai beau je peux, ce n'est rien que cogner, je peux errer et écouter et prélever de toutes les conversations les silences, je peux les exhumer et me taire des années, il n'y a pas d'affront, mon poing tient tout entier dans mes remords.
Aujourd'hui est décoloré.
Les mains se plaquent contre le mur, elles pourraient rassurer ou donner l'élan manquant pour sauter. Les mains seraient dans l'eau dans un instant. Mais aujourd'hui est asséché.
Qu'est-ce, qu'est-ce que ce lambeau, j'aimerais que tous les organes se détachent aussi facilement, j'aime.
Nous avons dormi jusqu'à ce que les cris nous fassent croire que nous persistions ici aussi.
Au moins, souviens-toi d'une humiliation et de la couleur des murs, c'était celle de la peau marquée.
A force tu pourrais le devenir, celui qui ne sait plus que questionner. Tu nous interrogerais et tu nous demanderais et tu serais pire que toutes ces formules de condoléances. Et comment te parler à la fin, putain, comment te déjouer.
A force tu pourrais l'être - je ne peux pas croire que j'écris ça - serein.
Des halètements, des soulèvements, tu n'as pas même à les céder.
Je rêvais de te trahir ou de prendre un de tes bras et de le tordre et de le plaquer dans ton dos. Concerto pour craquements et broiements, tu n'aurais pas mis une heure à l'apprendre. Cent fois souillé. Je rêvais d'une fouille et mes doigts inspectaient l'intérieur de ton coude. Tu le voulais, dis, tu le disais quand je voulais m'endormir.
Si je t'avais fait venir, j'aurais vu comment dans le lieu coexistaient le frivole et la détresse. Tu n'aurais pas eu besoin de chanter, tes mouvements seulement. Je sais, je sais quel mot tu ne peux être.