1


Je ne te dévale plus. 
J’appréhende peu à peu tes épaisseurs, couche d’orgueil, couche d’aigreur, couches scellées. Coffre-for-intérieur. 

C’est donc ça te connaître : t’admettre complexe. C’est donc ça, on s’emberlificote dans des trames sans cesse plus abstraites, on loue des labyrinthes. 
On se dessine d’obscurs sentiers, bobines emmêlées. 

Je ne te dévale plus. 
J’observe les courts-métrages que tu projettes dans ton cinéma intérieur. Tes trucages, montage incertain, synchronisation imparfaite. Tout ce qui te fait trembler, tout ce qui te rend indéchiffrable ou trouble. Tes ratés. 

Je ne te dévale plus. 
Je me dispose un peu partout, dans chaque pièce sur ton passage. Je me balise. Maintenant penche-toi, dis tes vocables prétentieux. Dis que tu es seule, la seule. Et dévale-moi. 


2


Je dorlote péniblement mes petits symptômes, lorsque tu dors. Jamais avant. J’énumère mes terreurs de la journée, les accrochages de regards indiscrets. 

Je – toi non plus- ne racle même plus les filets de bave des hommes tourneboulés. Les hommes qui se dandinent d’impudeur lorsqu’on se balance et se balance encore à nos lèvres. C’est ça pour eux, deux femmes aux corps scellés, l’image gratuite, l’indécence attrayante. Du femme à femme fantasme. 
Je dorlote péniblement mes petits symptômes de fille de cirque. Clownerie saphique. 

A force j’accapare ta respiration, tes battements. A force je prends mon pouls à ton cou et nos fatigues s’harmonisent. 
Sommeil à l’unisson, sans force. 


3


Troquerais trac contre instant d’assurance face aux foules. Un genre de petite annonce qui tournoie en moi, tournoie jusqu’à prendre la forme d’une nécessité constante. 

Troquerais trac – jeu de sonorités qui (tu les méprises) t’énerve, toi qui m’invite à les décréter caprices. 

C’est ma laideur – tu décrètes. C’est l’insupportable en moi. C’est ma misérable timidité – tu décrètes – ma timidité née sous X, sans fondements. 
Et doucement les mots changent, deviennent troquerais trac contre instant d’assurance face à toi. 


4


Toi en mouvement, en l’air 
puis fixée – par mes yeux stoppée 
par mes yeux 
je te capte, je suis bien la seule à faire de toi une compagne de rétine 
aujourd’hui bien seule aussi quand tu te meus entre les lignes, les surfaces 
m’oubliant 
et déroulant tes enjambées gracieuses dans un désert que tu as toi-même fomenté. 


5


Je pelote ton absence, ta voix qui n’est pas là. Je joue à étirer le manque, mains agiles. 
Je pelote 
l’espace où tu te tiens d’habitude 
droite ou courbée 
où tu te tiens – l’espace. 

Juste sur le palier, où tu te tiens d’habitude, tu me regardes, tu laisses tes marques sur le sol tellement tu sembles t’accrocher aux lattes. 

Je me frotte à cet espace, à cet air habituellement absent puisque tu prends sa place. J’inspire – où tu te tiens. 
Et je ne vois pas ce que tu vois 
j’imite seulement une danse sensuelle, tout contre tes formes fictives.