Je ne te dévale plus.
J’appréhende peu à peu tes
épaisseurs, couche d’orgueil, couche
d’aigreur, couches scellées.
Coffre-for-intérieur.
C’est donc ça te connaître :
t’admettre complexe. C’est donc ça, on
s’emberlificote dans des trames sans cesse plus abstraites,
on loue des labyrinthes.
On se dessine d’obscurs sentiers, bobines
emmêlées.
Je ne te dévale plus.
J’observe les courts-métrages que tu projettes
dans ton cinéma intérieur. Tes trucages, montage
incertain, synchronisation imparfaite. Tout ce qui te fait trembler,
tout ce qui te rend indéchiffrable ou trouble. Tes
ratés.
Je ne te dévale plus.
Je me dispose un peu partout, dans chaque pièce sur ton
passage. Je me balise. Maintenant penche-toi, dis tes vocables
prétentieux. Dis que tu es seule, la seule.
Et dévale-moi.
Je dorlote péniblement mes petits
symptômes, lorsque tu dors. Jamais avant.
J’énumère mes terreurs de la
journée, les accrochages de regards indiscrets.
Je – toi non plus- ne racle même plus les
filets de bave des hommes tourneboulés. Les hommes qui se
dandinent d’impudeur lorsqu’on se balance et se
balance encore à nos lèvres. C’est
ça pour eux, deux femmes aux corps scellés,
l’image gratuite, l’indécence
attrayante.
Du femme à femme fantasme.
Je dorlote péniblement mes petits symptômes de
fille de cirque. Clownerie saphique.
A force j’accapare ta respiration, tes battements. A
force je prends mon pouls à ton cou et nos fatigues
s’harmonisent.
Sommeil à l’unisson, sans force.
Troquerais trac contre instant
d’assurance face aux foules. Un genre de petite annonce qui
tournoie en moi, tournoie jusqu’à prendre la forme
d’une nécessité constante.
Troquerais trac – jeu de sonorités qui (tu les méprises) t’énerve, toi qui m’invite à les décréter caprices.
C’est ma laideur – tu
décrètes. C’est
l’insupportable en moi.
C’est ma misérable timidité –
tu décrètes – ma timidité
née sous X, sans fondements.
Et doucement les mots changent, deviennent troquerais trac contre
instant d’assurance face à toi.
Toi en mouvement, en l’air
puis fixée – par mes yeux
stoppée
par mes yeux
je te capte, je suis bien la seule à faire de toi une
compagne de rétine
aujourd’hui
bien seule aussi quand tu te meus entre les lignes, les
surfaces
m’oubliant
et déroulant tes enjambées gracieuses dans un
désert que tu as toi-même
fomenté.
Je pelote ton absence, ta voix qui n’est
pas là. Je joue à étirer le manque,
mains agiles.
Je pelote
l’espace où tu te tiens
d’habitude
droite ou courbée
où tu te tiens – l’espace.
Juste sur le palier, où tu te tiens d’habitude, tu me regardes, tu laisses tes marques sur le sol tellement tu sembles t’accrocher aux lattes.
Je me frotte à cet espace, à cet air
habituellement absent puisque tu prends sa place. J’inspire
– où tu te tiens.
Et je ne vois pas ce que tu vois
j’imite seulement une danse sensuelle, tout contre tes formes
fictives.